Günther Holweger…

Si l’Allemagne nous était comptée

Exposition du 2 mars au 7 juin 2008

Cité de l'or – Saint-Amand-Montrond

Né en 1928 à Schorndorf, dans le Württemberg, en Allemagne, son adolescence a été dominée par la guerre. Les années 1945 à 1955 l’ont vu tour à tour homme de théâtre, chanteur évangélique, ou encore aide agricole.

En 1956 il s’établit à Paris. Chantant des Negro Spirituals, il parcourt la France avec les Compagnons du Jourdain : c’était l’occasion de s’imprégner de la culture française lors de nombreuses visites de musées.
Au Louvre, il effectue ses premières copies d’après les maîtres Ayant fondé une famille, Holweger décide de faire un apprentissage comme restaurateur de tableaux et commence une carrière de plus de quarante ans.

affiche Gunther Holweger de l’exposition  » Si l’Allemagne nous était comptée  » du 2 mars au 7 juin 2008 à la Cité de l’or à Saint-Amand-Montrond

La famille s’installe dans la vallée de l’Eure, près de Chartres.

En 1968 il gagne le premier concours du Louvre, travaille pour les Musées de Province et fonctionne, pendant huit ans, comme restaurateur pour le Musée d’Art et d’ Histoire de Grenoble.

Entre temps il s’établit à Genève où il gagne la confiance d’une nombreuse clientèle privée et de la municipalité de cette ville qui lui confie de grands travaux sur des monuments historiques du canton. En 1976, il obtient la nationalité suisse.

En 1986 Günther Holweger prend sa retraite au Landeron, dans le canton de Neuchâtel, après avoir collaboré à la restauration du château de Gruyères.
Enfin il peut se consacrer au développement de sa propre créativité. Il effectue de nombreuses copies – surtout les expressionnistes allemands – en profitant largement, au niveau technique, de son expérience professionnelle.

En 1997 Holweger et sa femme Gisèle s’établissent au “Gros Chêne”, à Valigny, dans le Bourbonnais. Est-ce un retour au pays ? Au vu des nombreuses expositions au pays du Boischaut, auxquelles il participe, on ne peut plus en douter… Nombreuses sont les difficultés que traverse l’artiste : Günther Holweger commence son cheminement à l’âge de soixante ans ! Entre le labyrinthe des innombrables «-ismes», sans parler du choix figuratif abstrait, les voies sont illimitées. Holweger cherche avant tout l’expression d’une pureté formelle, conscient que chaque oeuvre est un recommencement ! Il écarte tout élément anecdotique ou décoratif. Il refuse de rechercher l’originalité.
Se situant entre deux cultures – la culture française et la culture allemande – on peut dire qu’il nous propose un «bilinguisme pictural», un langage simple et direct, compréhensible et sincère.

Témoignage

autoportrait peinture de Günther Holweger

" Ce colosse à barbe blonde, c’est Falstaff. Ce colosse à barbe blanche, c’est Dieu le Père. D’abord comédien, Günther Holweger a prêté sa haute stature à bien des personnages…
Ce faisant, c’est vers l’autre, vers les autres, ses frères, ses semblables, qu’il va, cherchant et provoquant la rencontre qu’il sait l’indispensable prélude à l’entente, sans relâche, une vie durant !
Cette médiation physique que le théâtre exige, il la retrouve, comme on change de costume entre deux actes, sous la surface peinte qu’il va faire revivre, restaurer.
De la matière à l’esprit, de l’esprit à la matière, c’est probablement le coeur du talent rare et précieux de Günther… C’est probablement la vertu qui lui vaut la première place au concours du Louvre pour la restauration des oeuvres d’art.
C’est aussi le point de départ d’une réputation qui lance sa carrière, de Paris à Genève en passant par Grenoble. Il y restaure des collections majeures, préludant à l’ouverture du nouveau musée, prototype d’une nouvelle démarche muséographique, plus démocratique, appuyée sur une didactique éclairée.
Car la minutie technique et l’engagement affectif, deux qualités cardinales de Günther, sont essentielles dans la lourde responsabilité du copiste et du restaurateur de tableau. Illustrant cette évidence qui surprend pourtant : le comédien, dans la peau des personnages joués, est bien le frère jumeau du restaurateur d’art prêtant sa main aux oeuvres orphelines de leur créateur !

La discrétion et la modestie de Günther Holweger ne perturbent pas une réussite qui lui ouvre la porte d’une large clientèle privée et de missions d’envergure comme celle de la basilique Notre-Dame de Genève. Sentir l’âme d’une oeuvre, avoir une sensibilité captant les ondes qui en émanent, c’est nécessaire mais ce n’est pas suffisant. Il reste deux étapes difficiles : le respect qui exige une fidélité sans faille à l’inspiration initiale, c'est-à-dire un renoncement, héroïque pour un artiste, à sa propre liberté créatrice et un carcan difficile à son interprétation !
L’habileté technique enfin, pour rendre plus qu’une ressemblance, une identité, une continuité, dans la matière de l’oeuvre. Günther possède ce triptyque majeur qui lui permet d’échapper à la confusion commune : copistes, restaurateurs, faussaires…
Il fait partie de cette élite incontestable qui part de l’esprit pour remonter vers l’apparence comme le firent durant toute l’histoire de la peinture, les disciples des plus grands maîtres, donnant, à la demande, plusieurs exemplaires d’inoubliables chefs d’oeuvre.
Ainsi, l’humanisme essentiel qui a guidé toute la vie de Günther lui aura offert ce luxe incomparable de vivre dans la plus haute compagnie !

Regensburg - peinture de Günther Holweger

Cette fréquentation intime et permanente aboutit de façon logique : il se met à peindre une oeuvre personnelle. D’exposition en exposition émerge un travail imposant dans tous les sens du terme. Pour la peinture, il vaut mieux regarder et voir que disserter et bavarder. Mais une métaphore s’impose : de précieux petits blocs de plomb argentifère, la galène, offrirent aux pionniers des ondes et de la radio l’agencement savant de leurs cristaux d’ombre et de lumière pour capter les signaux de l’univers entier. Une part majeure de l’oeuvre de Günther élargit à l’échelle monumentale cette composition féconde.

Architecture solide et fortement structurée, alternant de façon un peu austère noir et blanc, jour et nuit, sans la facilité de la séduction chromatique, il souligne son généreux élan par de nombreuses ouvertures, perforant de manière systématique et rythmée la rigueur minérale, par lesquelles le regard est invité à entrer. Ces images, c’est tout Günther. C’est aussi une allégorie de la vie, tous capteurs dehors, récoltant côte à côte l’ombre et la lumière. Cette invitation prioritaire à retrouver l’homme dans l’intérieur de l’oeuvre, s’accompagne d’un élan d’élévation. Le regard s’élève dans le jaillissement central d’une architecture souvent religieuse, toujours dépouillée. De cette double dominante naît la surprenante impression simultanée d’intimité et de grandeur… Ainsi n’est-il guère besoin de préciser que la matière, le support, la technique affichée, la querelle des anciens et des modernes, le figuratif ou l’abstrait, bref, les effets de style, sont autant de sujets très subordonnés pour ce grand modeste. Il ne sombre pas dans la confusion si banale aujourd’hui des moyens et de l’objectif. Ses objectifs? Le contact avec l’autre, la compréhension, la fraternité, nous l’avons déjà souligné.Il transparaît aussi cette nostalgie de son Allemagne, romantique et lyrique, qu’il a fuit tout jeune, à l’époque de son effrayante dérive.

Günther est installé aujourd’hui au fond de notre campagne tranquille, un brin mystérieuse. Les images de sa terre natale illustrent l’inutile fracture des frontières et le besoin d’ouverture féconde qui inspirait aussi Serge Vinçon lorsqu’il souhaita cette exposition. Toutes les lignes des tableaux de Günther Holweger sont à l’unisson de celles de la pyramide qui l’accueille, elles sont un hymne à l’harmonie universelle. "

Jean-Pierre Dubois
Ancien élève de François Cacheux
Ancien conseiller culturel à la Maison de la Culture de Bourges
Président de l’AGORA

Lien à télécharger

visuel catalogue Günther Holweger de l'Exposition "Si l’Allemagne nous était comptée" à la Cité de l'or à Saint-Amand-MontrondTélécharger le catalogue de l'exposition :

catalogue Günther Holweger

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